Stations de contrôle : bilan de l’année 2025

27 Fév, 2026Actualités

Alors que la reproduction de l’hiver 2025-2026 touche à sa fin pour les grands salmonidés et que les premiers migrateurs de la cohorte de géniteurs 2026 sont attendus dans les prochaines semaines, l’heure est au bilan pour la campagne 2025 de suivi des stations de contrôle des migrations du Bassin de l’Adour. Malheureusement, les années se suivent et se ressemblent dans le négatif pour la plupart des espèces (Saumon atlantique, Truite de mer et Lamproie marine) avec une touche positive malgré tout pour la grande Alose.

 

Comme redouté, la situation du Saumon, déjà très mauvaise les 2 années précédentes, s’est encore dégradée avec des effectifs à nouveau en très forte diminution et d’une faiblesse jamais enregistrée dans le bassin. On dénombre ainsi seulement :

  • 275 Saumons à Masseys sur le Gave d’Oloron soit – 84 % par rapport à la moyenne des observations antérieures à 2023 (1 683 individus ; 2011-2022), – 47 % par rapport au minimum enregistré l’année précédente (520 individus en 2024) et – 75 % par rapport au minimum historique antérieur (1 085 individus en 2013) !
  • 100 Saumons à Charritte sur le Saison soit – 86 % par rapport à la moyenne des observations antérieures à 2023 (718 individus ; 2015-2022), – 50 % par rapport au minimum enregistré l’année précédente (201 individus en 2024) et – 80 % par rapport au minimum historique antérieur (506 individus en 2021) !
  • 204 Saumons à Artix sur le Gave de Pau soit – 75 % par rapport à la moyenne des observations récentes antérieures à 2023 (812 individus ; 2013-2022), – 23 % par rapport au minimum récent enregistré l’année précédente (266 individus en 2024) et il faut remonter à 2004 au moins, une autre époque du Plan de Restauration de l’espèce sur cet axe, pour trouver trace d’une population aussi faible !

Dans le détail, la très faible cohorte de castillons 2024 se traduit logiquement par une cohorte de PHM 2025 d’une faiblesse inédite dans la totalité des cours d’eau du bassin avec moins de 350 individus au total sur l’ensemble des Gaves : 210 à Masseys sur le Gave d’Oloron (contre 415 en 2013 pour le minimum précédent), 98 à Artix sur le Gave de Pau (contre 184 en 2016 pour le minimum récent précédent) et 39 à Charritte sur le Saison (contre 130 en 2021 pour le minimum précédent) ! Composée majoritairement de femelles, cette catégorie de poissons ne sera en mesure de produire qu’une très faible dépose d’œufs à l’hiver 2025-2026.

Concernant les castillons, bien que leurs effectifs restent d’un très faible ordre de grandeur, l’effondrement observé les 3 années précédentes semble s’être enrayé :  65 individus à Masseys sur le Gave d’Oloron (contre 38 l’année précédente), 106 à Artix sur le Gave de Pau (contre 27) et 61 à Charritte sur le Saison (contre 27). Espérons que cette très légère évolution positive soit le signe d’une amélioration des survies en mer et d’un début de redressement pour la future cohorte de PHM 2026.

Notons que l’effondrement des taux de retours observé depuis 2023 dans le Bassin de l’Adour comme partout dans l’aire de répartition du Saumon atlantique est encore plus impactant pour les poissons issus de l’alevinage sur le Gave de Pau avec des retours de poissons marqués (au niveau de la nageoire adipeuse) quasiment nuls au niveau de la station de contrôle d’Artix. Alors que les opérations de marquage réalisées entre 2011 et 2014 puis en 2018 avaient permis de mettre en évidence des taux de retours de l’ordre de 1,4 à 1,7 ‰, les résultats quasi-définitifs issus de l’opération réalisée en 2021 (retours de géniteurs en 2023, 2024 et 2025) afficheraient un taux de retour de 0,18 ‰ seulement (divisé par 8 à 9)…

Le bilan est très négatif pour la Truite de mer dont les effectifs restent très faibles et se situent à proximité immédiate des minimas historiques observés l’année précédente, soit juste au-dessus (Gave d’Oloron et Gave de Pau), soit juste en-dessous (Saison) :

  • 648 Truites de mer à Masseys sur le Gave d’Oloron soit – 72 % par rapport à la moyenne des observations antérieures à 2023 (2 343 individus ; 2011-2022) et – 55 % par rapport au minimum sur cette période (1 447 individus en 2011) mais + 9 % par rapport au minimum enregistré l’année précédente (596 individus en 2024)
  • 57 Truites de mer à Artix sur le Gave de Pau soit – 73 % par rapport à la moyenne des observations récentes antérieures à 2023 (210 individus ; 2013-2022) et – 50 % par rapport au minimum sur cette période (115 individus en 2018) mais + 27 % par rapport à l’année précédente (45 individus en 2024)
  • 126 Truites de mer à Charritte sur le Saison soit – 64 % par rapport à la moyenne des observations antérieures à 2023 (346 individus ; 2015-2022), – 50 % par rapport au minimum sur cette période (252 individus en 2020) et – 17 % par rapport au minimum enregistré l’année précédente (151 individus en 2024)

Comme pour les castillons chez le Saumon, espérons que l’enrayement de l’effondrement de la population puisque constituer un premier signe positif vers une amélioration des taux de retour dans un futur proche.

 

Pour la Lamproie marine, le bilan est aussi très négatif avec des abondances très faibles sur la totalité des cours d’eau étudiés malgré une très légère augmentation par rapport à l’année précédente :

  • 486 Lamproies marines à Masseys sur le Gave d’Oloron, très loin des records établis en 2012 (11 220 individus soit -96 %) et de la moyenne des années précédentes (2 754 individus soit – 82 %) mais malgré tout légèrement supérieur au minimum historique (326 en 2021)
  • 72 Lamproies marines à Charritte sur le Saison soit – 70 % par rapport à la moyenne des observations précédentes (239 individus ; 2015-2024) mais assez nettement supérieur au minimum enregistré l’année précédente (1 individu en 2024)
  • 55 Lamproies marines à Castetarbe sur le Gave de Pau soit – 69 % par rapport à la moyenne des observations précédentes (176 individus ; 2017-2024) mais assez nettement supérieur au minimum enregistré l’année précédente (2 individus en 2024)

Notons que 5 Lamproies ont été comptabilisées au niveau de la station de Sainte-Marie sur le Gave d’Aspe (130 en 2022 puis aucune les deux années suivantes) ainsi que, pour la toute première fois, 1 individu au niveau de la station de contrôle de Loubière sur le Gave d’Ossau.

Comme l’année précédente, le seul point positif de ce bilan des migrations provient de la grande Alose dont les effectifs, sur certains axes (Gave de Pau et Saison mais pas Gave d’Oloron), dépassent très largement les records « historiques » précédents :

  • 3 597 Aloses à Castetarbe sur le Gave de Pau soit + 141 % par rapport à la moyenne des observations précédentes (1 494 individus ; 2017-2024) et + 26 % par rapport au record « historique » (2 860 individus en 2019)
  • 1 100 Aloses à Charritte sur le Saison soit + 2091 % par rapport à la moyenne des observations récentes précédentes (50 individus ; 2015-2024) et + 488 % par rapport au record « historique » (187 individus en 2023) !
  • 1 405 Aloses à Masseys sur le Gave d’Oloron soit + 266 % par rapport à la moyenne des observations précédentes (384 individus ; 2011-2024) mais – 31 % en comparaison du record « historique » (2 043 individus en 2023)

Notons que 22 Aloses ont été dénombrées au niveau de la station de Loubière sur le Gave d’Ossau (0 en 2022, 17 en 2023 puis 0 en 2024) ainsi que, pour la toute première fois, 1 individu au niveau de la station de contrôle de Sainte-Marie sur le Gave d’Aspe !

Cette espèce semble profiter pleinement ces dernières années des restrictions puis de l’interdiction de ses prélèvements par pêche. On peut supposer que les forts effectifs observés au niveau des stations de contrôle sont renforcés par les individus « épargnés » par les mesures concernant sa pêche. La population de géniteurs n’aurait donc pas encore réellement augmenté, ce sera effectivement le cas lorsque les descendants issus de ces dernières reproductions viendront à leur tour remonter les rivières pour s’y reproduire.

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